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Musée Chaplin (27/2504)

Culture - Sports - Loisirs
Corsier-sur-Vevey
Musée Chaplin

HISTORIQUE/SITUATION

Le Manoir de Ban. Jusqu’au 25 décembre 1977, le Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey, était le lieu de l’intimité de Charlie Chaplin, puis, jusqu’en 2008, de sa famille. C’est là que l’artiste a vécu ses “années bonheur”, écrit plusieurs scénarios et rédigé ses mémoires. Transformer l’endroit en un site public qui rende hommage au créateur, au réalisateur et au comédien génial n’était pas chose facile. Du vivant de l’artiste, le magnifique domaine qui domine le Léman et les montagnes, ombragé d’arbres centenaires, comportait trois bâtiments : le Manoir, la Ferme et le Garage.

En 2000, l’architecte suisse Philippe Meylan et le muséographe québécois Yves Durand conçoivent l’idée de transformer le Manoir de Ban en un musée qui présente l’oeuvre gigantesque d’un artiste prolifique. Quinze années pour affiner l’idée et obtenir, par la concertation, toutes les autorisations nécessaires à sa réalisation. Du temps aussi pour que la famille Chaplin, le muséographe, le propriétaire, les architectes, les entreprises de construction finalisent le projet. Deux ans de travaux et Chaplin’s World s’ouvrait au public en avril dernier.

PROGRAMME

Le Studio - Garage. Les visiteurs sont reçus dans quatre bâtiments, les trois d’origine, remis en état ou transformés selon les conditions et nécessités, et un nouveau bâtiment, le Studio qui, sur une surface d’exposition de 1 350 mètres carrés, met en scène l’oeuvre de l’illustre résident du Manoir de Ban.

Le Studio se présente sous la forme de cinq “boîtes” – en référence à la “boîte noire” du monde cinématographique – décalées selon la pente naturelle du terrain. Composée de voiles en béton et d’une dalle sur sous-sol en béton précontraint, habillée d’éléments de béton préfabriqués, la structure – intérieurement peinte en noir – se présente comme une sculpture dont le niveau hors sol cache, en dessous, un espace de grande hauteur (sept mètres) qui donne tout le volume nécessaire pour accueillir la scénographie hollywoodienne de l’oeuvre de Chaplin. Des travaux importants ont été réalisés pour limiter l’emprise de l’excavation dans un sol sans cohésion. Des parois clouées et gunitées ont été mises en oeuvre pour soutenir la fouille. Le Studio est accolé à l’ancien garage qui, après reprise en sous-oeuvre, a été transformé en billetterie et boutique. Les murs du garage ont été conservés, un niveau intérieur a été supprimé et la toiture refaite. Une structure métallique légère assure la jonction entre les deux bâtiments.

Le Manoir. Construit en 1840. Il est l’oeuvre de l’architecte veveysan Philippe Franel, qui a signé également l’Hôtel des Trois Couronnes et le Château de l’Aile à Vevey. Le Manoir est protégé en note 2 à l’inventaire des Monuments et des Sites. Sa structure a été conservée dans son ensemble. Seuls quelques percements ont été faits pour le passage des câbles nécessaires à la technique et aux animations scénographiques. Des modifications plus importantes ont été réalisées au dernier niveau pour l’aménagement d’une salle de réception. Les chambres des enfants – au nombre de huit – ont été supprimées et une légère intervention sur la charpente, par ajout d’éléments métalliques, a permis de garder la finesse et la lecture de l’existant. Les caves voûtées ont été préservées. Dans le Manoir, comme dans les autres constructions préexistantes, les entreprises ont dû réaliser des miracles pour mettre aux normes toute l’infrastructure technique: électricité, sanitaire, chauffage et ventilation. Pour les façades, un grand travail de recherches par les experts des Monuments et des Sites a permis de retrouver tous les détails de l’extérieur du bâtiment à sa construction, couleur d’origine, encadrements des portes et fenêtres. On a fait appel à des tailleurs de pierre pour refaire à neuf plus de la moitié des éléments en molasse.

La Ferme. Avant la construction du Manoir, le lieu-dit Champ de Ban accueillait une exploitation agricole. De cette époque, le bâtiment construit au bord de la route de Fenil a subi de très nombreuses modifications. Une dernière l’a transformé en un restaurant et des bureaux pour l’administration du musée. Les murs de façades et une partie de la charpente ont été conservés, le sol renforcé par des injections de ciment-bentonite.

La typologie du bâtiment qui intégrait habitation et grange a été respectée : le restaurant a été implanté dans la partie grange où il profite du grand volume sous toiture et des structures de bois qui l’embellissent. Une mezzanine a été édifiée pour optimiser l’espace disponible. Les espaces de travail ont été installés dans l’ancienne partie d’habitation. Là aussi, un travail avec le service des Monuments et des Sites a permis de sauvegarder les caractéristiques historiques et patrimoniales du bâtiment.

Le Parc. Les aménagements paysagers d’un domaine de quatorze hectares réunissent trois composants. Le principal est évidemment le parc conçu à l’anglaise avec son patrimoine d’espèces dont plusieurs sont plus que centenaires. Il offre des cheminements qui permettent d’admirer le paysage mais aussi la propriété sous tous ses angles. Des aires de stationnement ont été aménagées pour les visiteurs.

Les 230 places de parc ont été diluées le long de la bordure est du parc, séparées par des plantations d’arbustes qui visent à amoindrir le caractère routier de l’accueil motorisé. Enfin, l’espace dédié aux visiteurs, le restaurant et sa terrasse en libre accès, la billetterie sont intégrés au patrimoine existant.

LES DÉFIS

Transformer le Manoir de Ban en Chaplin’s World n’a été qu’une suite de défis. D’abord organisationnel pour mettre d’accord toutes les parties concernées. Ensuite historique puisque les bâtiments existants faisaient l’objet d’une inscription à l’inventaire des Monuments et des Sites. Ensuite architectural pour implanter le nouveau bâtiment, le Studio, dans un environnement délicat. Enfin constructif puisque pour la rénovation de l’existant, c’était un travail d’artisan, des interventions minutieuses qui ne peuvent se faire qu’à la vitesse que sous-tend l’artisanat. Enfin, pour l’ensemble du chantier, ce sont plus de soixante entreprises qui sont intervenues, plus de deux cents ouvriers. Tous les intervenants étaient d’autant plus passionnés qu’en donnant le meilleur d’eux-mêmes ils avaient l’impression de rendre hommage à un grand homme.

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