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CMU (28/2633)

Etablissements médicaux
Genève
CMU

HISTORIQUE/SITUATION

Reprendre la main. Installé dans le quartier de La Cluse depuis l’entre-deux-guerres, le grand complexe hospitalier de Genève vit un développement sans précédent à partir de 1970 lorsqu’un crédit d’étude est voté pour la construction, en six étapes, d’un nouveau Centre médical universitaire (CMU). À proximité de toutes les commodités du centre ville, commence ainsi une série de travaux faisant émerger plusieurs bâtiments qui vont peu à peu forger la nouvelle identité du périmètre. Stoppé en 1989 en raison de problèmes budgétaires, le projet de construction du nouveau CMU n’est alors concrétisé que dans ses quatre premières phases. Une quinzaine d’années plus tard, lorsque les finances publiques retrouvent un certain équilibre, l’ouvrage est remis sur le métier. Tout le programme se voit repensé, incluant notamment les dernières technologies médicales et les nouvelles tendances particulières aux métiers de la santé. Fort d’un élan retrouvé, l’appareil juridique et politique s’active.

Le Parlement valide de nouveaux crédits en même temps que s’élabore un projet d’architecture à la fois inédit et ambitieux. L’autorisation de construire de la cinquième étape est accordée en 2006, celle de la sixième et dernière phase quatre ans plus tard. Considérables dans leur complexité et leur échelle, les deux chantiers menés d’une main sûre s’achèvent en 2017, avec la livraison des locaux pour tous les usagers.

PROGRAMME

Conjuguer les activités. Sur cinq niveaux de sous-sol et douze étages courants, les affectations réparties sur plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés montrent l’impressionnante hétérogénéité d’un complexe dédié à l’enseignement et à la recherche médicale de pointe. Sans viser l’exhaustivité et sans opérer de hiérarchie dans les fonctions, on relève que l’ensemble fait cohabiter l’école romande de pharmacie, la clinique universitaire de médecine dentaire, de nombreux laboratoires, des espaces pour le développement et l’investigation clinique, des locaux de travail inter facultaire, une animalerie et un centre de simulation.

À cela s’ajoutent une crèche, plusieurs auditoires, une cafétéria, des surfaces communes, des bureaux individuels ou collectifs et, bien entendu, tout ce qu’il faut pour abriter la technique, proposer du stockage, faciliter les circulations ou accueillir du stationnement.

PROJET

Se singulariser enfin. Malgré son programme très cadré et son omniprésente technologie, l’aménagement du bâtiment reste souple, modulaire et réversible. Souhaitée dès la conception par les Architectes et le Maître de l’ouvrage, cette adaptabilité entend simplifier les éventuelles modifications futures. Lors de la phase d’exécution, elle a également permis de favoriser la couture avec les constructions adjacentes, témoins des quatre premières étapes du CMU.

La prise en compte du contexte s’incarne justement par la greffe du nouveau bâtiment au mur pignon resté en attente depuis la fin des années 1980. Cette option crée une liaison urbanistique cohérente, sans discontinuité de volumétrie ou
d’implantation avec le tissu environnant, mais cesse par l’affirmation d’une expression générale qui s’inscrit en totale rupture par rapport à l’existant. Le geste se veut fort, justifié par la révision du programme, l’actualisation de nombreuses normes et des réflexions inédites portant sur des notions de solidarité sociale, d’efficacité économique ou de responsabilité écologique. Des préoccupations qui mettent l’usage des ressources naturelles renouvelables particulièrement à l’honneur (jour naturel jusqu’au coeur des volumes bâtis, eaux de pluie récupérées depuis des toitures laissées en prairie, éclairage extérieur alimenté par cellules photovoltaïques).

Le système constructif primaire se compose d’une structure de dalles et piliers en béton armé, des refends destinés à assurer la sécurité parasismique et, pour l’enveloppe extérieure, un système de “prémur” teinté dans la masse (module préfabriqué avec isolant intégré entre deux parois de béton). Les bow-windows sont constitués d’une double peau avec vitrages à haute performance thermique et la
superstructure est entièrement portée par une charpente métallique.

Les finitions extérieures restent sobres, avec une chromatique binaire pour les surfaces minérales préfabriquées (brun tabac bouchardé pour la partie inférieure, passé à l’acide aux derniers étages), des menuiseries et des stores en aluminium, des balustrades en inox brut microbillé. À
l’intérieur, les espaces sont formés par des cloisons en carreaux de plâtre et des murs en béton à peine gypsés, recouverts de faïences dans les sanitaires ou prêts à recevoir une peinture acrylique lavable, évidemment antibactérienne dans les laboratoires.

L’essentiel des sols est réalisé avec un produit auto-nivelant coulé sur place, sauf dans les locaux administratifs qui reçoivent un faux-plancher technique amovible et dans les parkings ou les espaces techniques qui, eux, se voient recouverts d’une résine époxy à deux composants. Capital à l’échelle d’une telle opération, le traitement des aménagements extérieurs a fait l’objet d’une attention soutenue. La coulisse boisée le long de la rue Sautter a été renforcée,le majestueux cèdre du Liban maintenu. Les cheminements piétons et les terrasses sont habillés de dalles de granit, les patios intérieurs par du gravier et les sols de la crèche par un caoutchouc coloré.

La planification implacable et l’excellente coordination entre les protagonistes ont déjoués tous les pièges propres aux travaux de grande envergure entrepris au coeur de la ville, sur un terrain à flanc de colline et déjà partiellement bâti. Phases après phases, depuis la dépollution et l’évacuation des terres pour la construction
des sous-sols jusqu’à la remise des locaux, le chantier a été géré avec un professionnalisme maîtrisé, absorbant sans heurts un programme kaléidoscopique, une technologie très pointue et des normes aussi sévères qu’innombrables. Par sa grande rigueur plastique, le nouveau CMU marque une étape importante dans l’histoire du quartier de l’hôpital. Gage d’une intégration réussie, il le fait avec autant de force que de sérénité, sans piétiner le passé et déjà ouvert aux opportunités futures.

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